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J'aime bien ce type de photo, cela donne généralement de bonnes atmosphères. je regrette un peu que la mise au point ne soit pas sur toute la vitre et que le chêne soit coupé, mais sinon c'est une photo sympa!
Ca ressemble à un fauteuil en cuir sous la pluie non???
Rédigé par: Marc [ Troisieme Oeil ] | 15 août 2007 at 01H07
Le fameux chene un jour de pluie!
Rédigé par: Nicolas | 15 août 2007 at 02H43
Je ne m'en lasse pas non plus de regarder la pluie tombée! mais en hiver ;-)
Rédigé par: Henri | 15 août 2007 at 04H59
Voir son chêne et entendre la pluie qui tambourine sur le toit !........ Mm mm m m mmm...!!!...
Un régal !!!
Rédigé par: Fifi | 15 août 2007 at 09H25
Le dernier Rêve du Chêne.
Au sommet de la falaise haute et ardue, en avant de la forêt qui arrivait jusqu'aux bords de la mer, s'élevait un chêne antique et séculaire. Il avait justement atteint trois cent soixante-cinq ans ; on ne l'aurait jamais cru en voyant son apparence robuste.
Souvent, par les beaux jours d'été, les éphémères venaient s'ébattre et tourbillonner gaiement autour de sa couronne ; une fois, une de ces petites créatures, après avoir voltigé longuement au milieu d'une joyeuse ronde, vint se reposer sur une des belles feuilles du chêne.
- Pauvre mignonne ! dit l'arbre, ta vie entière ne dure qu'un jour. Que c'est peu ! Comme c'est triste !
- Triste ! répondit le gentil insecte, que signifie donc ce mot que j'entends parfois prononcer ? Le soleil reluit si merveilleusement ! l'air est si bon, si doux ! je me sens tout transporté de bonheur.
- Oui, mais dans quelques heures, ce sera fini ; tu seras trépassé.
- Trépassé ? s'écria l'éphémère. Qu'est-ce encore que ce mot ? Toi, es-tu aussi trépassé ?
- Non, j'ai déjà vécu bien des milliers de jours ; nos journées ce sont, à dire vrai, des saisons entières. Mais comment te faire comprendre cela ? C'est une telle longueur de temps que cela doit dépasser tout ce que tu peux imaginer.
- En effet, je ne me figure pas bien, reprit l'insecte, ce que cela peut durer, mille jours. N'est-ce pas ce qu'on appelle l'éternité ? En tout cas, si tu vis si longtemps, mon existence compte déjà mille moments où j'ai été joyeux et heureux. Et, quand tu mourras, est-ce que tout ce bel univers périra en même temps ?
- Non certes, répliqua le chêne, il durera bien plus longtemps que moi ; à mon tour, je ne puis me le figurer.
- Eh bien ! alors nous en sommes au même point, sauf que nous calculons d'une façon différente.
Et l'éphémère reprit sa danse folle et s'élança dans les airs, s'amusant de l'éclat de ses ailes transparentes qui brillaient comme le plus beau satin ; il respirait à pleins poumons l'air embaumé par les senteurs de l'églantier, des chèvrefeuilles, du sureau, de la menthe et par l'odeur du foin coupé ; et l'insecte se sentait comme enivré, à force de respirer ces parfum. La journée continua à être splendide ; l'éphémère se reposa encore plusieurs fois pour recommencer à tournoyer en ronde avec ses compagnons. Le soleil commença à baisser et l'insecte se sentit un peu fatigué de toute cette gaieté ; ses ailes faiblissaient, et tout lentement il glissa le long du chêne jusque sur le doux gazon. Il vint à choir sur la feuille d'une pâquerette, et souleva encore une fois sa petite tête pour embrasser d'un regard la campagne riante et la mer bleue. Puis ses yeux se fermèrent ; un doux sommeil s'empara de lui : c'était la mort.
Le lendemain, le chêne vit renaître d'autres éphémères ; il s'entretint avec eux aussi et il les vit de même danser, folâtrer joyeusement et s'endormir paisiblement en pleine félicité. Ce spectacle se répéta souvent ; mais l'arbre ne le comprenait pas bien ; il avait cependant le temps de réfléchir : car si, chez nous autres hommes, nos pensées sont interrompues tous les jours par le sommeil, le chêne, lui, ne dort qu'en hiver ; pendant les autres saisons, il veille sans cesse. Le temps approchait où il allait se reposer ; l'automne était à sa fin. Déjà les taupes commençaient leur sabbat. Les autres arbres étaient déjà dépouillés, et le chêne aussi perdait tous les jours de ses feuilles.
« Dors, dors, chantaient les vents autour de lui. Nous allons te bercer gentiment, puis te secouer si fort que tes branches en craqueront d'aise. Dors bien, dors. C'est ta trois cent soixante-cinquième nuit. En réalité, comparé à nous, tu n'es qu'un enfant au berceau. Dors, dors bien ! Les nuages vont semer de la neige ; ce sera une belle et chaude couverture pour tes racines.
Et le chêne perdit toutes ses feuilles, et, en effet, il s'endormit pour tout le long hiver ; et il eut bien des rêves, où sa vie passée lui revint en souvenir.
Il se rappela comment il était sorti d'un gland ; comment, étant encore un tout mince arbuste, il avait failli être dévoré par une chèvre. Puis il avait grandi à merveille ; plusieurs fois, les gardes de la forêt l'avaient admiré et avaient pensé à le faire abattre pour en tirer des mâts, des poutres, des planches solides. Il était cependant arrivé à son quatrième siècle, et aujourd'hui personne ne songeait plus à le faire couper ; il était devenu l'ornement de la forêt ; sa superbe couronne dépassait tous les autres arbres; et, de loin on l'apercevait de la mer et il servait de point de repère aux marins. Au printemps, dans ses hautes branches, les ramiers bâtissaient leur nid; le coucou y était à demeure et faisait, de là, résonner au loin son cri monotone. L'automne, quand les feuilles de chêne, toutes jaunies, ressemblent à des plaques de cuivre, les oiseaux voyageurs s'assemblaient de toutes parts sur ce géant de la forêt et s'y reposaient une dernière fois avant d'entreprendre le grand voyage d'outre- mer.
Maintenant donc, l'hiver était venu ; après avoir longtemps résisté aux aquilons, les feuilles du chêne étaient presque toutes tombées ; les corbeaux, les corneilles venaient se percher sur ses branches et taillaient des bavettes sur la dureté des temps, sur la famine prochaine qui s'annonçait pour eux.
Survint la veille du saint jour de Noël, et ce fut alors que le vieux chêne rêva le plus beau rêve de sa vie. Il avait le sentiment de la fête qui se préparait partout sur la terre, là où il y a des chrétiens ; il sentait les vibrations des cloches qui sonnaient de toutes parts. Mais il se croyait en été, par une splendide journée. Et voici ce qui lui apparut :
Sa haute et vaste couronne était fraîche et verte; les rayons de soleil y jouaient à travers les branches et le feuillage, et projetaient des reflets dorés. L'air était embaumé de senteurs vivifiantes; des papillons aux milles couleurs voltigeaient de toutes parts et jouaient à cache-cache, puis à qui volerait le plus haut. Des myriades d'éphémères donnaient une sarabande.
Voilà qu'un brillant cortège s'avance : c'étaient les personnages que le vieux chêne avait vus tour à tour passer devant lui pendant la longue suite d'années qu'il avait vécues. En tête marchait une cavalcade, des pages, des chevaliers aux armures étincelantes, qui revenaient de la croisade, des châtelains vêtus de brocart sur des palefrois caparaçonnés, et tenant sur la main des faucons encapuchonnés; le cor de chasse retentit, la meute aboyait, le cerf fuyait. Puis arriva une troupe de reîtres et de lansquenets, aux vêtements bouffants et bariolés, armés de hallebardes et d'arquebuses; ils dressèrent leur tente sous le vieux chêne, allumèrent le feu et, au milieu d'une orgie, ils entonnèrent des chants de guerre et des refrains bachiques.
Toute cette bande bruyante disparut, et l'on vit s'avancer en silence un jeune couple; ils avaient des cheveux poudrés et la dame était couverte de rubans aux couleurs tendres; et le monsieur tailla dans l'écorce du chêne les initiales de leurs deux noms; et ils écoutèrent avec ravissement les sons doux et étranges de la harpe éolienne qui était suspendue dans les branches de l'arbre.
Et, tout à coup, le chêne éprouva comme si un nouveau et puissant courant de vie partant des extrémités de ses racines le traversait de part en part, montant jusqu'à sa cime, jusqu'au bout de ses plus hautes feuilles.
Il lui semblait qu'il grandissait comme autrefois, que, du sein de la terre, il puisait une nouvelle vigueur; et, en effet, son tronc s'élançait, sa couronne s'étendait en dôme, et montait toujours plus haut vers le ciel; et plus le chêne s'élevait, plus il éprouvait de bonheur, et il ne désirait que monter encore au-delà, jusqu'au soleil, dont les rayons brillants le pénétraient d'une chaleur bienfaisante. Et sa couronne était déjà parvenue au-dessus des nuages qui, comme une troupe de grands cygnes blancs, flottaient sous le bleu firmament.
C'était en plein jour, et cependant les étoiles devinrent visibles ; elles luisaient de leur plus bel éclat ; elles rappelaient au vieux chêne les yeux brillants des joyeux enfants qui souvent étaient venus s'ébattre autour de lui.
Au spectacle de cette immensité, on était transporté de la félicité la plus pure. Mais le vieux chêne sentait qu'il lui manquait quelque chose; il éprouvait l'ardent désir de voir les autres arbres de la forêt, les plantes, les fleurs et jusqu'aux moindres broussailles enlevées comme lui et mises en présence de toutes ces splendeurs. Oui, pour qu'il fût entièrement heureux, il les lui fallait voir tous autour de lui, grands et petits, prenant part à sa félicité.
Et ce sentiment agitait, faisait vibrer ses branches, ses moindres feuilles ; sa couronne s'inclina vers la terre, comme s'il avait voulu adresser un signal aux muguets et aux violettes cachés sous la mousse, aussi bien qu'aux autres chênes, ses compagnons.
Il lui sembla apercevoir tout à coup un grand mouvement ; les cimes de la forêt se soulevaient, les arbres se mirent à pousser, à grandir jusqu'à percer les nues. Les ronces, les plantes, pour s'élever plus vite, quittaient terre avec leurs racines et accouraient au vol. Les plus vite arrivés, ce furent les bouleaux; leurs troncs droits et blancs traversaient les airs comme des flèches, presque comme des éclairs. Et l'on vit arriver les joncs, les genêts, les fougères, et aussi les oiseaux qui, émerveillés du voyage, chantaient à tue-tête leurs plus beaux airs de fête. Les sauterelles juchées sur les brins d'herbes jouaient leur petite musique, accompagnées par les grillons, le susurrement des abeilles et le faux bourdon des hannetons. Tout ce joyeux concert faisait une délicieuse harmonie.
- Mais, dit le chêne, où est donc restée la petite fleur bleue qui borde le ruisseau, et la clochette, et la pâquerette ?
- Nous y sommes tous, tous ! disaient en chœur les fleurettes, les arbres, les plantes, les habitants de la forêt.
Le vieux chêne jubilait.
- Oui, tous, grands et petits, disait-il, pas un ne manque. Nous nageons dans un océan de délices ! Quel miracle !
Et il se sentit de nouveau grandir; soudainement ses racines se détachèrent de terre. « C'est ce qu'il y a de mieux, pensa-t-il ; me voilà dégagé de tous liens ; je puis m'élancer vers la lumière éternelle et m'y précipiter avec tous les êtres chéris qui m'entourent, grands et petits, tous !
- Tous ! dit l'écho. Ce fut la fin du rêve du vieux chêne. Une tempête terrible soufflait sur mer et sur terre. Des vagues énormes assaillaient la falaise, enlevant des quartiers de roche; les vents hurlaient et secouaient le vieux chêne; sa vigueur éprouvée luttait contre la tourmente, mais un dernier coup de vent l'ébranla et l'enleva de terre avec sa racine; il tomba, au moment où il rêvait qu'il s'élançait vers l'immensité des cieux. Il gisait là; il avait péri après ses trois cent soixante-cinq ans, comme l'éphémère après sa journée d'existence.
Le matin, lorsque le soleil vint éclairer le saint jour de Noël, l'ouragan s'était apaisé. De toutes les églises retentissait le son des cloches; même dans la plus humble cabane régnait l'allégresse. La mer s'était calmée; à bord d'un grand navire qui, toute la nuit, avait lutté, tous les mâts étaient décorés, tous les pavillons hissés pour célébrer la grande fête.
- Tiens, dit un matelot, l'arbre de la falaise, le grand chêne, qui nous servait de point de repère pour reconnaître la côte, a disparu. Hier encore, je l'ai aperçu de loin; c'est la tempête qui l'a abattu.
- Que d'années il faudra pour qu'il soit remplacé, dit un autre matelot. Et encore, il n'y aura peut-être aucun autre arbre assez fort pour grandir, comme lui.
Ce fut l'oraison funèbre prononcée sur la fin du vieux chêne, qui était étendu sur la nappe de neige qui lui servait de linceul; elle était toute à son honneur et bien méritée, ce qui est si rare.
A bord du navire, les marins entonnèrent les psaumes et les cantiques de Noël, qui célèbrent la délivrance des hommes par le Fils de Dieu, qui leur a ouvert la voie de la vie éternelle: « La promesse est accomplie, chantaient-ils. Le Sauveur est né. Oh! joie sans pareille ! Alléluia ! alléluia ! »
Et ils sentaient leurs cœurs élevés vers le ciel et transportés, tout comme le vieux chêne, dans son dernier rêve, s'était senti entraîné vers la lumière éternelle.
Hans Christian Andersen
Rédigé par: nina | 15 août 2007 at 10H21
Le chene des quatre saisons.
Bonjour a tous,
La pluie nous embrume les yeux.
Au travers la vitre, votre jardin Veronique.
Et cet arbre majestueux qui vous protege tel une sentinelle.
Quelle belle vue que vous avez!
Le jardin, la haie, un banc bien large couleur marron.
Et dans le coin a gauche, une chaise blanche, toute blanche.
Avec un dos en forme de coeur.
Excusez moi, je ne peux distinguer votre glycine.
Et comme dit Fifi: " et la pluie qui tambourine."
Ciel, pluie, nuages, soleil, future, present et paradis.
Tout ce petit monde est reuni chez vous.
Bien paisible photo quand meme. Merci a vous.
Passez une excellente journee ensoleillee Veronique.
De meme pour vous tous amis visiteurs. Marc
Rédigé par: Le Cagou | 15 août 2007 at 10H39
Nina, je viens juste de poster mon humble commentaire.
Je decouvre le votre. A perdre le souffle.
Merci a vous de nous regaler comme cela.
Il nout faut le lire maintenant.
A plus tard. Marc
Rédigé par: Le Cagou | 15 août 2007 at 10H44
Pas mal du tout ! Pas facile à faire comme photo !
Un temps de chien ! Un temps de chêne ? ... cet été ! :-)
Je n'arrive pas à me souvenir d'un été aussi moche que celui là ! :-)
Rédigé par: Free cat | 15 août 2007 at 11H55
Votre photo est du direct pour moi, c'est le temps d'aujourd'hui, assis sur le rebord de la fenêtre de la mairie une pensée pour vous et votre sloleil de plomb
Gérard
Rédigé par: Gérard | 15 août 2007 at 12H05
une photo de saison, heureusement qu'on est au mois d'aout !!
Rédigé par: rem_la | 15 août 2007 at 12H22
Une belle photo, pleine de poésie...
Rédigé par: Florian | 15 août 2007 at 12H55
WAOUHhhhhhouououououououououououououououoououou !!!!!!!!!!!!!
Quelle page Véronique je suis toute émotionnéé !!!
Merveilleuse Nina !!!
Voilà qui donne envie de relire Andersen !
Belle journée à vous Véronique, à Nina, Annick, Marc Le Cagou, l'autre Marc, Nicolas, Henri,
Free Cat, Gérard,(ne tombez pas Gérard !!!), Rem_la, Florian et tous ceux qui vont suivre dans ce lieu d'amitié !
Rédigé par: Fifi | 15 août 2007 at 14H17
merci fifi, belle journée, ici le soleil jusque maintenant, mais cela se brouille, mais le soleil fut pris en jardin à coiffer doucement, marché chanté dansé...
"Le chêne qui rêvait de pluie"
Poussait des cris de joies
A l'approche des nuages
Et quand ils étaient fort bas
Il redressait le cou en coquin
Pour faire le bel
Et crever le nuage de son plein
Se mettait assis
Et tranquillement
Le chêne regardait les gouttes
Qui tombaient sur lui
Et les feuilles
Ses jolies demoiselles
Lui donnaient de jolis frissons
Le chêne dans son bel élément
Soufflait de tendres aises
Et se souriait d'apprécier tellement
Rédigé par: annick | 15 août 2007 at 15H40
-> Marc
là aujoud'hui, chaleur de plomb, un petit vent trés léger sud est qui se lève mais point de pluie à l'horizon, sauf peut être demain ... les sources sont à sec, les arbres souffrent, les feuilles hurlent de soif , le marronnier jaunit .. bref, c'est la cata !
photo prise l'année dernière, gros orage et c'était beau ... mal cadrée ma photo et oui je sais ! mais avouez que les gouttes sont nettes ... et on devine non pas un fauteuil de cuir mais un banc de bois
-> Nicolas
et oui le chène un jour d' ENORME orage , comme je les aime ici !
-> Henri
alors j'apprends par la radio que coup de vent, tempête en bretagne !! j'y crois pas ... 36° ici, du mal à bouger ! quand je pense, mais quand je pense qu'il va falloir remonter ..
-> Fifi
c'était beau ce jour là Fifi, la pluie qui tombe tellement, tellement fort, et le bruit de l'orage et le chène qui ne bouge pas ! juste peur que la foudre ne le coupe en deux ...
-> Nina
Chère Nina ... je ne connaissais pas ce conte ! la fin est triste et pas triste en même temps
vous l'ai je montré le chêne sous son manteau de neige ?
-> Marc
çà papote aujourd'hui Marc : le chêne, le banc de bois, sans doute la chaise addosée à la haie et l'orage qui gronde et le paysage qui s'éteind ... s'embrume !
aujourd'hui, tout manque d'eau ! les oiseaux viennent se désaltérer au bord du bassin... c'est l'été
-> Freecat
fait si beau là ou je suis ... que j'oublie ce qu'est la pluie !
été pourri ! au dessus de la loire ! j'avais envie de fraicheur !
-> Gérard
ah vous revoilà.. mais que faites vous diable assis sur la fenêtre de la mairie ? et sous la pluie en plus ! petite halte ? vous passez, vous arrêtez mais repartez vite je crois !
-> Rem_la
parlez pour vous !!! moi, j'ai du soleil ... et toc !
-> Florian
merci Florian , je pense avoir une bonne centaine de photos de cet arbre ... je le décline en toutes saisons, il me ravit
-> Fifi
ah Fifi,les échanges ... les partages ... Nina nous gâte aujourd'hui ! prix d'excellence !
-> Annick
le chêne aimerait bien un peu de pluie Annick, parceque la terre est si sèche, il doit puiser l'eau au plus profond ! suis inquiète pour lui .. je l'entends souffrir
Rédigé par: Véronique | 15 août 2007 at 15H59
C’est de la provoc, ça, Véronique !!!...
Nous dire que votre chêne manque d’eau oooOOOoooOOOoooOOO......
Les nôtres sont bien verts et manquent un peu de soleil...
Le temps est mal fait... et la répartition injuste !!!
Merci, Nina, de nous faire partager une fois encore les richesses intarissables de cette malle aux trésors.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas, à savourer de toute urgence :
"L’homme qui plantait des arbres" >>> une toute petite nouvelle, toute courte, de l’ami Giono, grande et belle ode à la nature, histoire d’un personnage hors du commun ; superbe écriture, à découvrir chez Gallimard Jeunesse, pour les illustrations poétiques de Willi Glasauer.
"Pour que le caractère d’un être humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années."
J.Giono
Vite, vite : ne mourez pas sans l'avoir lu !
Bonjour à votre copain de chêne ;-)
Rédigé par: odile b. | 15 août 2007 at 16H49
oui Véronique vous nous l'avez montré sous son manteau de neige ,il est toujours aussi majestueux!
bonne fin de journée à tous.
Rédigé par: nina | 15 août 2007 at 16H50
-> Odile
Entre Nina et vous... laquelle choisir !!! je suis comblée aujourd'hui
-> Nina
dommage... j'aurais aimé vous le montrer encore et encore !
Rédigé par: Véronique | 15 août 2007 at 17H56
Et bien, afin de transformer son souhait végétal en réalité aquatique, j'invite ce vénérable à venir s'ébrouer en banieue Parisienne. Bain de racines garanti.
Rédigé par: Michel [une photo,vite, et reviens tard] | 15 août 2007 at 18H30
ou comment rendre une scène banale en belle photo..
Rédigé par: beveziers | 15 août 2007 at 18H31
Merci Marc, Fifi, Annick et ta belle poésie, et vous tous !
Odile, je connais cette belle et émouvante histoire ! :)à lire absolument !
Véronique, montrez-le encore et encore, on ne s'en lassera pas!
Rédigé par: nina | 15 août 2007 at 19H47
j'aime beaucoup moi aussi.
pour ce qui est de la pluie il na qu'a venir a paris ton chene
Rédigé par: un taxi parisien | 15 août 2007 at 20H50
Aaaah, Véronique, vous trichez !!!! C'était l'an dernier !!!!
Dans le Gard il fait soleil, me dit-on ... Ici, mitigé triste ! On va dire couleur " Plume d'ange" !
Rédigé par: Oo | 15 août 2007 at 21H36
Allez, vété, jeu viens de meu leu reulire et neu peu résister : jeu vous le reucopie là, que vous en profitiez avant de vous endormir.
« L'HOMME QUI PLANTAIT DES ARBRES »
est une nouvelle de Jean Giono pour « aimer à planter des arbres » selon les termes de l'auteur. Il y raconte la vie d'un homme en Provence, qui redonne vie à une terre aride en y semant des glands de chêne.
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« Pour que le caractère d'un être humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années. Si cette action est dépouillée de tout égoïsme, si l'idée qui la dirige est d'une générosité sans exemple, s'il est absolument certain qu'elle n'a cherché de récompense nulle part et qu'au surplus elle ait laissé sur le monde des marques visibles, on est alors, sans risque d'erreurs, devant un caractère inoubliable.
Il y a environ une quarantaine d'années, je faisais une longue course à pied, sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence.
Cette région est délimitée au sud-est et au sud par le cours moyen de la Durance, entre Sisteron et Mirabeau; au nord par le cours supérieur de la Drôme, depuis sa source jusqu'à Die; à l'ouest par les plaines du Comtat Venaissin et les contreforts du Mont-Ventoux. Elle comprend toute la partie nord du département des Basses-Alpes, le sud de la Drôme et une petite enclave du Vaucluse.
C'était, au moment où j'entrepris ma longue promenade dans ces déserts, des landes nues et monotones, vers 1200 à 1300 mètres d'altitude. Il n'y poussait que des lavandes sauvages.
Je traversais ce pays dans sa plus grande largeur et, après trois jours de marche, je me trouvais dans une désolation sans exemple. Je campais à côté d'un squelette de village abandonné. Je n'avais plus d'eau depuis la veille et il me fallait en trouver. Ces maisons agglomérées, quoique en ruine, comme un vieux nid de guêpes, me firent penser qu'il avait dû y avoir là, dans le temps, une fontaine ou un puits. Il y avait bien une fontaine, mais sèche. Les cinq à six maisons, sans toiture, rongées de vent et de pluie, la petite chapelle au clocher écroulé, étaient rangées comme le sont les maisons et les chapelles dans les villages vivants, mais toute vie avait disparu.
C'était un beau jour de juin avec grand soleil, mais sur ces terres sans abri et hautes dans le ciel, le vent soufflait avec une brutalité insupportable. Ses grondements dans les carcasses des maisons étaient ceux d'un fauve dérangé dans son repas.
Il me fallut lever le camp. A cinq heures de marche de là, je n'avais toujours pas trouvé d'eau et rien ne pouvait me donner l'espoir d'en trouver. C'était partout la même sécheresse, les mêmes herbes ligneuses. Il me sembla apercevoir dans le lointain une petite silhouette noire, debout. Je la pris pour le tronc d'un arbre solitaire. A tout hasard, je me dirigeai vers elle. C'était un berger. Une trentaine de moutons couchés sur la terre brûlante se reposaient près de lui.
Il me fit boire à sa gourde et, un peu plus tard, il me conduisit à sa bergerie, dans une ondulation du plateau. Il tirait son eau - excellente - d'un trou naturel, très profond, au-dessus duquel il avait installé un treuil rudimentaire.
Cet homme parlait peu. C'est le fait des solitaires, mais on le sentait sûr de lui et confiant dans cette assurance. C'était insolite dans ce pays dépouillé de tout. Il n'habitait pas une cabane mais une vraie maison en pierre où l'on voyait très bien comment son travail personnel avait rapiécé la ruine qu'il avait trouvée là à son arrivée. Son toit était solide et étanche. Le vent qui le frappait faisait sur les tuiles le bruit de la mer sur les plages.
Son ménage était en ordre, sa vaisselle lavée, son parquet balayé, son fusil graissé; sa soupe bouillait sur le feu. Je remarquai alors qu'il était aussi rasé de frais, que tous ses boutons étaient solidement cousus, que ses vêtements étaient reprisés avec le soin minutieux qui rend les reprises invisibles.
Il me fit partager sa soupe et, comme après je lui offrais ma blague à tabac, il me dit qu'il ne fumait pas. Son chien, silencieux comme lui, était bienveillant sans bassesse.
Il avait été entendu tout de suite que je passerais la nuit là; le village le plus proche était encore à plus d'une journée et demie de marche. Et, au surplus, je connaissais parfaitement le caractère des rares villages de cette région. Il y en a quatre ou cinq dispersés loin les uns des autres sur les flans de ces hauteurs, dans les taillis de chênes blancs à la toute extrémité des routes carrossables. Ils sont habités par des bûcherons qui font du charbon de bois. Ce sont des endroits où l'on vit mal. Les familles serrées les unes contre les autres dans ce climat qui est d'une rudesse excessive, aussi bien l'été que l'hiver, exaspèrent leur égoïsme en vase clos. L'ambition irraisonnée s'y démesure, dans le désir continu de s'échapper de cet endroit.
Les hommes vont porter leur charbon à la ville avec leurs camions, puis retournent. Les plus solides qualités craquent sous cette perpétuelle douche écossaise. Les femmes mijotent des rancoeurs. Il y a concurrence sur tout, aussi bien pour la vente du charbon que pour le banc à l'église, pour les vertus qui se combattent entre elles, pour les vices qui se combattent entre eux et pour la mêlée générale des vices et des vertus, sans repos. Par là-dessus, le vent également sans repos irrite les nerfs. Il y a des épidémies de suicides et de nombreux cas de folies, presque toujours meurtrières.
Le berger qui ne fumait pas alla chercher un petit sac et déversa sur la table un tas de glands. Il se mit à les examiner l'un après l'autre avec beaucoup d'attention, séparant les bons des mauvais. Je fumais ma pipe. Je me proposai pour l'aider. Il me dit que c'était son affaire. En effet : voyant le soin qu'il mettait à ce travail, je n'insistai pas. Ce fut toute notre conversation. Quand il eut du côté des bons un tas de glands assez gros, il les compta par paquets de dix. Ce faisant, il éliminait encore les petits fruits ou ceux qui étaient légèrement fendillés, car il les examinait de fort près. Quand il eut ainsi devant lui cent glands parfaits, il s'arrêta et nous allâmes nous coucher.
La société de cet homme donnait la paix. Je lui demandai le lendemain la permission de me reposer tout le jour chez lui. Il le trouva tout naturel, ou, plus exactement, il me donna l'impression que rien ne pouvait le déranger. Ce repos ne m'était pas absolument obligatoire, mais j'étais intrigué et je voulais en savoir plus. Il fit sortir son troupeau et il le mena à la pâture. Avant de partir, il trempa dans un seau d'eau le petit sac où il avait mis les glands soigneusement choisis et comptés.
Je remarquai qu'en guise de bâton, il emportait une tringle de fer grosse comme le pouce et longue d'environ un mètre cinquante. Je fis celui qui se promène en se reposant et je suivis une route parallèle à la sienne. La pâture de ses bêtes était dans un fond de combe. Il laissa le petit troupeau à la garde du chien et il monta vers l'endroit où je me tenais. J'eus peur qu'il vînt pour me reprocher mon indiscrétion mais pas du tout : c'était sa route et il m'invita à l'accompagner si je n'avais rien de mieux à faire. Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur.
Arrivé à l'endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit que non. Savait-il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c'était une terre communale, ou peut-être, était-elle propriété de gens qui ne s'en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.
Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis, je crois, assez d'insistance dans mes questions puisqu'il y répondit. Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu'il y a d'impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n'y avait rien auparavant.
C'est à ce moment là que je me souciai de l'âge de cet homme. Il avait visiblement plus de cinquante ans. Cinquante-cinq, me dit-il. Il s'appelait Elzéard Bouffier. Il avait possédé une ferme dans les plaines. Il y avait réalisé sa vie. Il avait perdu son fils unique, puis sa femme. Il s'était retiré dans la solitude où il prenait plaisir à vivre lentement, avec ses brebis et son chien. Il avait jugé que ce pays mourait par manque d'arbres. Il ajouta que, n'ayant pas d'occupations très importantes, il avait résolu de remédier à cet état de choses.
Menant moi-même à ce moment-là, malgré mon jeune âge, une vie solitaire, je savais toucher avec délicatesse aux âmes des solitaires. Cependant, je commis une faute. Mon jeune âge, précisément, me forçait à imaginer l'avenir en fonction de moi-même et d'une certaine recherche du bonheur. Je lui dis que, dans trente ans, ces dix mille chênes seraient magnifiques. Il me répondit très simplement que, si Dieu lui prêtait vie, dans trente ans, il en aurait planté tellement d'autres que ces dix mille seraient comme une goutte d'eau dans la mer.
Il étudiait déjà, d'ailleurs, la reproduction des hêtres et il avait près de sa maison une pépinière issue des faînes. Les sujets qu'il avait protégés de ses moutons par une barrière en grillage, étaient de toute beauté. Il pensait également à des bouleaux pour les fonds où, me dit-il, une certaine humidité dormait à quelques mètres de la surface du sol.
Nous nous séparâmes le lendemain.
L'année d'après, il y eut la guerre de 14 dans laquelle je fus engagé pendant cinq ans. Un soldat d'infanterie ne pouvait guère y réfléchir à des arbres. A dire vrai, la chose même n'avait pas marqué en moi : je l'avais considérée comme un dada, une collection de timbres, et oubliée.
Sorti de la guerre, je me trouvais à la tête d'une prime de démobilisation minuscule mais avec le grand désir de respirer un peu d'air pur. C'est sans idée préconçue - sauf celle-là - que je repris le chemin de ces contrées désertes.
Le pays n'avait pas changé. Toutefois, au-delà du village mort, j'aperçus dans le lointain une sorte de brouillard gris qui recouvrait les hauteurs comme un tapis. Depuis la veille, je m'étais remis à penser à ce berger planteur d'arbres. « Dix mille chênes, me disais-je, occupent vraiment un très large espace ».
J'avais vu mourir trop de monde pendant cinq ans pour ne pas imaginer facilement la mort d'Elzéar Bouffier, d'autant que, lorsqu'on en a vingt, on considère les hommes de cinquante comme des vieillards à qui il ne reste plus qu'à mourir. Il n'était pas mort. Il était même fort vert. Il avait changé de métier. Il ne possédait plus que quatre brebis mais, par contre, une centaine de ruches. Il s'était débarrassé des moutons qui mettaient en péril ses plantations d'arbres. Car, me dit-il (et je le constatais), il ne s'était pas du tout soucié de la guerre. Il avait imperturbablement continué à planter.
Les chênes de 1910 avaient alors dix ans et étaient plus hauts que moi et que lui. Le spectacle était impressionnant. J'étais littéralement privé de parole et, comme lui ne parlait pas, nous passâmes tout le jour en silence à nous promener dans sa forêt. Elle avait, en trois tronçons, onze kilomètres de long et trois kilomètres dans sa plus grande largeur. Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme - sans moyens techniques - on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la destruction.
Il avait suivi son idée, et les hêtres qui m'arrivaient aux épaules, répandus à perte de vue, en témoignaient. Les chênes étaient drus et avaient dépassé l'âge où ils étaient à la merci des rongeurs; quant aux desseins de la Providence elle-même, pour détruire l'oeuvre créée, il lui faudrait avoir désormais recours aux cyclones. Il me montra d'admirables bosquets de bouleaux qui dataient de cinq ans, c'est-à-dire de 1915, de l'époque où je combattais à Verdun. Il leur avait fait occuper tous les fonds où il soupçonnait, avec juste raison, qu'il y avait de l'humidité presque à fleur de terre. Ils étaient tendres comme des adolescents et très décidés.
La création avait l'air, d'ailleurs, de s'opérer en chaînes. Il ne s'en souciait pas; il poursuivait obstinément sa tâche, très simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l'eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d'homme, avaient toujours été à sec. C'était la plus formidable opération de réaction qu'il m'ait été donné de voir. Ces ruisseaux secs avaient jadis porté de l'eau, dans des temps très anciens. Certains de ces villages tristes dont j'ai parlé au début de mon récit s'étaient construits sur les emplacements d'anciens villages gallo-romains dont il restait encore des traces, dans lesquelles les archéologues avaient fouillé et ils avaient trouvé des hameçons à des endroits où au vingtième siècle, on était obligé d'avoir recours à des citernes pour avoir un peu d'eau.
Le vent aussi dispersait certaines graines. En même temps que l'eau réapparut réapparaissaient les saules, les osiers, les prés, les jardins, les fleurs et une certaine raison de vivre.
Mais la transformation s'opérait si lentement qu'elle entrait dans l'habitude sans provoquer d'étonnement. Les chasseurs qui montaient dans les solitudes à la poursuite des lièvres ou des sangliers avaient bien constaté le foisonnement des petits arbres mais ils l'avaient mis sur le compte des malices naturelles de la terre. C'est pourquoi personne ne touchait à l'oeuvre de cet homme. Si on l'avait soupçonné, on l'aurait contrarié. Il était insoupçonnable. Qui aurait pu imaginer, dans les villages et dans les administrations, une telle obstination dans la générosité la plus magnifique ?
A partir de 1920, je ne suis jamais resté plus d'un an sans rendre visite à Elzéard Bouffier. Je ne l'ai jamais vu fléchir ni douter. Et pourtant, Dieu sait si Dieu même y pousse ! Je n'ai pas fait le compte de ses déboires. On imagine bien cependant que, pour une réussite semblable, il a fallu vaincre l'adversité; que, pour assurer la victoire d'une telle passion, il a fallu lutter avec le désespoir. Il avait, pendant un an, planté plus de dix mille érables. Ils moururent tous. L'an d'après, il abandonna les érables pour reprendre les hêtres qui réussirent encore mieux que les chênes.
Pour avoir une idée à peu près exacte de ce caractère exceptionnel, il ne faut pas oublier qu'il s'exerçait dans une solitude totale; si totale que, vers la fin de sa vie, il avait perdu l'habitude de parler. Ou, peut-être, n'en voyait-il pas la nécessité ?
En 1933, il reçut la visite d'un garde forestier éberlué. Ce fonctionnaire lui intima l'ordre de ne pas faire de feu dehors, de peur de mettre en danger la croissance de cette forêt naturelle. C'était la première fois, lui dit cet homme naïf, qu'on voyait une forêt pousser toute seule. A cette époque, il allait planter des hêtres à douze kilomètres de sa maison. Pour s'éviter le trajet d'aller-retour - car il avait alors soixante-quinze ans - il envisageait de construire une cabane de pierre sur les lieux mêmes de ses plantations. Ce qu'il fit l'année d'après.
En 1935, une véritable délégation administrative vint examiner la « forêt naturelle ». Il y avait un grand personnage des Eaux et Forêts, un député, des techniciens. On prononça beaucoup de paroles inutiles. On décida de faire quelque chose et, heureusement, on ne fit rien, sinon la seule chose utile : mettre la forêt sous la sauvegarde de l'Etat et interdire qu'on vienne y charbonner. Car il était impossible de n'être pas subjugué par la beauté de ces jeunes arbres en pleine santé. Et elle exerça son pouvoir de séduction sur le député lui-même.
J'avais un ami parmi les capitaines forestiers qui était de la délégation. Je lui expliquai le mystère. Un jour de la semaine d'après, nous allâmes tous les deux à la recherche d'Elzéard Bouffier. Nous le trouvâmes en plein travail, à vingt kilomètres de l'endroit où avait eu lieu l'inspection.
Ce capitaine forestier n'était pas mon ami pour rien. Il connaissait la valeur des choses. Il sut rester silencieux. J'offris les quelques oeufs que j'avais apportés en présent. Nous partageâmes notre casse-croûte en trois et quelques heures passèrent dans la contemplation muette du paysage.
Le côté d'où nous venions était couvert d'arbres de six à sept mètres de haut. Je me souvenais de l'aspect du pays en 1913 : le désert... Le travail paisible et régulier, l'air vif des hauteurs, la frugalité et surtout la sérénité de l'âme avaient donné à ce vieillard une santé presque solennelle. C'était un athlète de Dieu. Je me demandais combien d'hectares il allait encore couvrir d'arbres.
Avant de partir, mon ami fit simplement une brève suggestion à propos de certaines essences auxquelles le terrain d'ici paraissait devoir convenir. Il n'insista pas. « Pour la bonne raison, me dit-il après, que ce bonhomme en sait plus que moi. » Au bout d'une heure de marche - l'idée ayant fait son chemin en lui - il ajouta : « Il en sait beaucoup plus que tout le monde. Il a trouvé un fameux moyen d'être heureux ! »
C'est grâce à ce capitaine que, non seulement la forêt, mais le bonheur de cet homme furent protégés. Il fit nommer trois gardes-forestiers pour cette protection et il les terrorisa de telle façon qu'ils restèrent insensibles à tous les pots-de-vin que les bûcherons pouvaient proposer.
L'oeuvre ne courut un risque grave que pendant la guerre de 1939. Les automobiles marchant alors au gazogène, on n'avait jamais assez de bois. On commença à faire des coupes dans les chênes de 1910, mais ces quartiers sont si loin de tous réseaux routiers que l'entreprise se révéla très mauvaise au point de vue financier. On l'abandonna. Le berger n'avait rien vu. Il était à trente kilomètres de là, continuant paisiblement sa besogne, ignorant la guerre de 39 comme il avait ignoré la guerre de 14.
J'ai vu Elzéard Bouffier pour la dernière fois en juin 1945. Il avait alors quatre-vingt-sept ans. J'avais donc repris la route du désert, mais maintenant, malgré le délabrement dans lequel la guerre avait laissé le pays, il y avait un car qui faisait le service entre la vallée de la Durance et la montagne. Je mis sur le compte de ce moyen de transport relativement rapide le fait que je ne reconnaissais plus les lieux de mes dernières promenades. Il me semblait aussi que l'itinéraire me faisait passer par des endroits nouveaux. J'eus besoin d'un nom de village pour conclure que j'étais bien cependant dans cette région jadis en ruine et désolée. Le car me débarqua à Vergons.
En 1913, ce hameau de dix à douze maisons avait trois habitants. Ils étaient sauvages, se détestaient, vivaient de chasse au piège : à peu près dans l'état physique et moral des hommes de la préhistoire. Les orties dévoraient autour d'eux les maisons abandonnées. Leur condition était sans espoir. Il ne s'agissait pour eux que d'attendre la mort : situation qui ne prédispose guère aux vertus.
Tout était changé. L'air lui-même. Au lieu des bourrasques sèches et brutales qui m'accueillaient jadis, soufflait une brise souple chargée d'odeurs. Un bruit semblable à celui de l'eau venait des hauteurs : c'était celui du vent dans les forêts. Enfin, chose plus étonnante, j'entendis le vrai bruit de l'eau coulant dans un bassin. Je vis qu'on avait fait une fontaine, qu'elle était abondante et, ce qui me toucha le plus, on avait planté près d'elle un tilleul qui pouvait déjà avoir dans les quatre ans, déjà gras, symbole incontestable d'une résurrection.
Par ailleurs, Vergons portait les traces d'un travail pour l'entreprise duquel l'espoir était nécessaire. L'espoir était donc revenu. On avait déblayé les ruines, abattu les pans de murs délabrés et reconstruit cinq maisons. Le hameau comptait désormais vingt-huit habitants dont quatre jeunes ménages. Les maisons neuves, crépies de frais, étaient entourées de jardins potagers où poussaient, mélangés mais alignés, les légumes et les fleurs, les choux et les rosiers, les poireaux et les gueules-de-loup, les céleris et les anémones. C'était désormais un endroit où l'on avait envie d'habiter.
A partir de là, je fis mon chemin à pied. La guerre dont nous sortions à peine n'avait pas permis l'épanouissement complet de la vie, mais Lazare était hors du tombeau. Sur les flans abaissés de la montagne, je voyais de petits champs d'orge et de seigle en herbe; au fond des étroites vallées, quelques prairies verdissaient.
Il n'a fallu que les huit ans qui nous séparent de cette époque pour que tout le pays resplendisse de santé et d'aisance. Sur l'emplacement des ruines que j'avais vues en 1913, s'élèvent maintenant des fermes propres, bien crépies, qui dénotent une vie heureuse et confortable. Les vieilles sources, alimentées par les pluies et les neiges que retiennent les forêts, se sont remises à couler. On en a canalisé les eaux. A côté de chaque ferme, dans des bosquets d'érables, les bassins des fontaines débordent sur des tapis de menthes fraîches. Les villages se sont reconstruits peu à peu. Une population venue des plaines où la terre se vend cher s'est fixée dans le pays, y apportant de la jeunesse, du mouvement, de l'esprit d'aventure. On rencontre dans les chemins des hommes et des femmes bien nourris, des garçons et des filles qui savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes. Si on compte l'ancienne population, méconnaissable depuis qu'elle vit avec douceur et les nouveaux venus, plus de dix mille personnes doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier.
Quand je réfléchis qu'un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu'il a fallu de constance dans la grandeur d'âme et d'acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d'un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette oeuvre digne de Dieu.
Elzéard Bouffier est mort paisiblement en 1947 à l'hospice de Banon. »
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P.S.
C'est une grandeu note ! (pas un gros mot pour autant, té !)…c’est tout Giono… touteu la Provenceu… touteu l’humanité
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Rédigé par: odile b. | 15 août 2007 at 22H46
-> Michel
alors tout bien réfléchi, je me demande s'il ne va pas attendre encore un peu ... demain annonce de la pluie à 14 heures ! ce soir le ciel est étoilé comme jamais ! et Paris sous la pluie ... je ne peux y croire
-> Beveziezs
les gouttes sur les vitres, et puis cette pluie qui tombait si fort et l'arbre dehors, contre vents et " marées " ... ne manque que le bruit !
-> Nina
alors promis, je vous le montrerai encore ... j'en ai une en réserve qui me plait bien ! en noir et blanc ! chut...
-> un taxi parisien
vous me racontez des histoires tous ! il pleut ? c'est pas possible ...
dites moi, impossible d'ouvrir les commentaires chez vous ! j'espère que votre musicien attendra septembre ...
-> Oo
ben oui, je triche Oo! fait si sec, que je me rafraichis en regardant les photos de quand il pleuvait ...
-> Odile
çà poureu uneu grandeu noteu, c'est uneu grandeu noteu ... je me la gardeu pour demain !
j'ai parcouru ce livre .. mais pas à fond, bizarrement ! là vous me donnez l'envieu !
Odile, prix d'excellence avec Nina aujourd'hui
Rédigé par: Véronique | 15 août 2007 at 23H43
Odile, c'est du delire aujourd'hui.
Quelle imagination que vous avez. Penser comme a cela a reveler cette region de Metropole.
Merci a vous pour cette belle histoire. Avec l'accent en plus.
Le site de Veronique ressemble a un grand livre.
Merci Nina, Annick et vous tous amis visiteurs.
Verorique, Nina le prix d'exellence, merci a vous.
Quel prix pour Odile? Hors concours.
Apres toute cette richesse de mots je m'abstiendrai de tout commentaire.
Bonne nuit a tous et Veronique soyez sans crainte, votre chaine survivra.
Il l'a deja bien prouve. La preuve, il nous fait toujours un signe de la main sur vos cliches. Marc
Ps: vous avez deja publie votre chene sous la neige. Tout nu et sans feuillage.10 Jjanvier 2007
Rédigé par: Le Cagou | 16 août 2007 at 00H06
MERCI grand Nina et Odile, sans oublier Véronique qui permet ces échanges. Bises du soir!
Rédigé par: annick | 16 août 2007 at 00H15
BONSOIR Marc, je vois votre comment à l'instant. BOnne nuit!
Rédigé par: annick | 16 août 2007 at 00H31
Mes p'tites étoiles dans les yeux ont disparues??? Auriez-vous effacé mon commentaire Véronique???
Ceci en plus de vos non visites ...
j'suis snif
Rédigé par: Barbarette | 16 août 2007 at 09H53
J'aime cette photo ! Et cela malgré le manque de soleil et le trop plein d'averses !
Rédigé par: Nath | 16 août 2007 at 21H39
-> Marc
et bien, je vois que vous suivez mot à mot tout ce qui s'écrit ici ... alors pour vous le prix d'assiduité !
-> Annick
toujours là, toujours en forme ! fidèle Annick
-> Barbarette
comment çà j'ai effacé vos petites étoiles ! je comprends pas .... je n'ai rien vu ! vous êtes bien sûre ! suis désolée ... vraiment désolée ! je vais regarder dans mes messages reçus mais... comprends pas !
j'ai un peu de mal à ouvrir certains sites Barbarette ... c'est un peu long ! j'essaie de faire un saut partout mais difficile ! dés le 1er septembre tout reprendra son cours
je ne vous oublie pas DU TOUT .... suis triste que vous soyez sniff !
-> Nathalie
je l'avais gardée dans un coin ... et voilà elle est de saison
du mal à poster des commentaires chez vous aussi Nathalie ; je peux les écrire mais impossible de les faire partir !! vivement la rentrée
Rédigé par: Véronique | 16 août 2007 at 23H59
Superbe.
Rédigé par: Miss75 | 17 août 2007 at 11H21
moi qui aime tant la pluie (comment faire autrement en belgique?) j'aime bcp cette photo.
Rédigé par: nissou* | 17 août 2007 at 12H15
-> Miss 75
merci d'aimer ...
-> Nissou
cette pluie là était d'une violence ... celle que je préfère ! suis plutôt habituée au petit crachin breton qui dure des jours et des jours !
Rédigé par: Véronique | 17 août 2007 at 15H34
je suis impressionnée par la longueur des post :)
je déteste la pluie mais j'aime la regarder derrière les carreaux alors j'aime cette photo, la netteté de la pluie et ce chêne en arrière plan, tout me plait dans cette photo
bon le chêne a du être gaté cet été non? ;)
Rédigé par: aurore | 17 août 2007 at 19H13
-> Aurore
la longueur des commentaires m'impressionnent autant que vous ... mais j'ai quelques fidèles visiteurs qui me gâtent beaucoup ...
et puis le chêne, certains le connaissent bien ! alors on papote
merci Aurore .
Le chêne manque d'eau ! si vous saviez comme la région est sèche cette année
Rédigé par: Véronique | 17 août 2007 at 23H10
Suis toute rassurée :o)
Les petites étoiles ... dans les yeux qu'elles étaient : comme ça *__* pour l'admiration... comme toujours! La photo de douceur avec la petite fille au-dessus est un régal aussi !
Bon dimanche véronique!
Rédigé par: Barbarette | 19 août 2007 at 17H38
-> Barbarette
alors c'est un message que je n'ai pas vu, parceque le petit signe ( que d'ailleurs je n'arrive pas à reproduire, et çà m'agace ) je l'aurais remarqué ! il est ou ce petit signe sur le clavier ?
merci Barbarette .... d'aimer la douceur de cette petite fille
Rédigé par: Véronique | 19 août 2007 at 18H26
Très belle image et textes émouvants ...Félicitations
Rédigé par: diletane | 19 août 2007 at 21H18
-> Diletane
merci... pour les textes, je n'y suis pas pour grand chose, je profite autant que vous. Merci de votre passage ici !
Rédigé par: Véronique | 19 août 2007 at 21H40
Une atmosphère rêveuse...Une photo qui donne envie d'être à l'intérieur et de lire des contes de féees à des enfants petits....Ou de relire Narnia pour son propre compte...
Rédigé par: Still | 19 août 2007 at 23H20
-> Still
c'est un peu çà ... dehors temps de chien, orage à tout pèter et dedans feu dans la cheminée et lecture...
Rédigé par: Véronique | 21 août 2007 at 18H56
je ne me lasse pas t'explorer ce site ! il est magnifique !
Rédigé par: vic gallery | 05 septembre 2007 at 14H16
-> Vic gallery
alors, vous m'encouragez ?
Rédigé par: véronique | 05 septembre 2007 at 14H46